De retour de Chine les poches vides, j’étais plus motivé que jamais à l’idée de reprendre des projets en France.
J’ai d’abord jeté mon dévolu sur une magnifique voie dans la Drôme, près de Die, sur la falaise de Romeyer.
Pour revenir un peu en arrière, Quentin Chastaigner, un ouvreur local très actif, m’avait parlé d’un pilier encore à l’état de projet, très physique et exigeant en endurance. Il m’avait dit : « Celle-là, elle est pour toi. »
J’ai donc décidé d’aller voir cette voie, qui semblait correspondre parfaitement à mes points forts et avait tout pour devenir une ligne majeure.
Cette voie suit l’arête d’un superbe éperon et impose un véritable combat d’endurance. Les derniers mouvements sont extrêmement difficiles à exécuter avec les bras déjà tétanisés. Il faut tenir ces minuscules prises pour sortir du dévers, en jetant la main gauche loin sur un plat distant. Une fois le plat tenu, c’est normalement « finito ».
Pour décrire la voie un peu plus en détail, elle commence par une section en 8c/5.14b assez physique. Il faut effectuer un mouvement de compression typé bloc sur une proue très esthétique. Vient ensuite une section d’endurance dans le dévers, juste sous la proue. On atteint alors un repos sur coincement de genou. L’objectif : récupérer autant que possible. Mais ce n’est pas toujours facile…
On revient ensuite à la proue pour la bataille finale, où il faut grimper une courte section en 5.14c/8c+, intense et sur de petites prises.
C’est vraiment ce qui rend la voie difficile : il faut encore avoir de la force dans les doigts après déjà de nombreux mètres d’escalade physique.
Pour revenir à mon histoire, j’avais chuté plusieurs fois dans le dernier crux avant mon voyage en Chine en février. J’y pensais donc forcément à mon retour.
Après quelques essais, je suis tombé sur le tout dernier mouvement…
Puis le vent du nord s’est mis à souffler fort. Il m’a aidé à lutter contre la fatigue et à clipper le relais.
Je suis vraiment heureux d’avoir mené à bien un si beau projet. Et en même temps, un peu triste de perdre cette excuse pour revenir dans ce petit paradis.
Merci à tout le monde pour ces super moments là-bas, c’était génial ! J’espère voir d’autres grimpeurs dans cette voie, il n’y en a pas beaucoup comme celle-ci !
—Seb Bouin
